Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Liste et état de l'ensemble des 11 bornes frontières de 1613
entre la "Borne des Trois Empires" et Viry,
et copie des procès-verbaux de plantation

 

Suite au traité de Lyon (1601) et au traité d'Auxonne (1612), de nombreuses bornes frontières furent plantées en 1613 entre le Bugey (France) et la Franche-Comté (Bourgogne espagnole) afin de matérialiser la nouvelle frontière. Le roi de France Henri IV avait ainsi acquis la Bresse, le Bugey, le Valromey et le Pays de Gex, cédés par Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie. Notons que ce duc avait néanmoins conservé la "Manche de Savoie" (aussi dite le "Couloir Sarde"), zone comprise entre la Valserine et la ligne des crêtes du Jura (autrement dit l'ensemble des territoires des paroisses de Chézery, Confort, Lancrans, Ballon, Vanchy). C'est dans ce couloir qui isolait la France du Pays de Gex qu'avait été tracé le célèbre "Chemin des Espagnols". Les bornes entre Bugey et Franche-Comté n'eurent de signification que jusqu'au Traité de Nimègue (1678) par lequel l'Espagne cédait la Franche-Comté à la France. Si le Chemin des Espagnols n'eut alors plus de débouché et devint inutile, par contre le Couloir Sarde demeura, mais sans plus grand intérêt pour personne (sauf qu'il devint une zone de contrebande bien exploitée par Mandrin...). Ce n'est qu'au Traité de Turin, en 1760, que la France récupéra enfin le Couloir Sarde. Mais les bornes restèrent en place et, pour la plupart, elles sont encore visibles, quatre siècles plus tard.

Entre les départements du Jura et de l'Ain on compte encore une petite vingtaine de bornes frontières, cinq d'entre elles sont classées Monument Historique, deux dites dans l'Ain (Chézery et Champfromier) et trois dites du Jura (deux aux Bouchoux et une à Viry). C'est à la demande de Gustave Burdet, que ces cinq bornes furent classées MH, le même jour 12 janvier 1926.

 

Plan des bornes de 1613

La détermination de la position exacte de la frontière donna lieu à de nombreuses contestations préalables à la pose entre les représentants des deux souverainetés (voir les Préliminaires). Mais la plantation réelle des bornes, ne se fit pas toujours non plus sans oppositions, cette fois de la part des habitants du voisinage, en en particulier de ceux des Bouchoux. On le sait par le procès-verbal de plantation [AD21, C3527, pp. 512-548v°], aussi détaillé qu'un article qu'on lirait aujourd'hui dans le journal ! Jacques Venot, conseiller du roi, et son équipe, commencèrent leurs travaux à la mi-juin 1613, mais ils n'arrivèrent dans notre région que le vendredi 6 septembre 1613 où, pour s'approcher des places litigieuses de "Montange" et "Ebouchoux" [Les Bouchoux] ils dormirent à Saint-Germain (de Joux).

Résumé

Une première borne fut plantée dès le lendemain samedi 7 septembre 1613, c'est celle de la Bune (mais alors, elle ne porte alors pas encore ce nom). Le soir, celle des Trois empires (alors dite du lieu de la Cléa) n'étant pas encore arrivée, la pose en est reportée au lundi suivant, non sans contestation. Voulant passer à la pose de trois bornes intermédiaires, dont l'une avait encore été vue une heure auparavant, ils observent que l'une est cassée et que les deux autres sont cachées et introuvables (on verra que, très probablement, l'une vient d'être retrouvée au Ramblan quatre siècles plus tard...) Devant le tumulte des habitants des Bouchoux, les délimiteurs préfèrent alors s'éclipser, et se rendent à Viry ! Ils ne reviennent que le 24 octobre, mais cette fois arrivent à poser les trois bornes actuellement dites du Ramble, du Berbois et du Nerbier, quoique la dernière ne porte pas encore les armoiries. Ils donnent aussi des instructions pour faire poser deux autres bornes (le long de la Mya) et une au Four de la Pelette, ainsi qu'une autre au "Pré Content ou Pré des Deux seigneurs" (qui semble bien le lieu actuellement dit des Cernoises).

L'année suivante, le samedi 4 octobre 1614, la borne du Pré Content (Cernoises) est plantée, puis celle du Fourg de la Pelette, ainsi que les deux petites bornes voisines (le long de la Mya). Et le lendemain, après avoir entendu le service divin en l'église du lieu, ils repartent pour planter d'autres bornes (Beauregard et Pré Boussonnet) entre le Four de la Pelette et le Pré Content. Pour la première, ils tentent de l'aligner avec les autres par des fumées de feux, mais le lieu ainsi déterminé est contesté par les habitants des lieux, et la plantation remise à plus tard...

Voir les détails ci-dessous (dans l'ordre du plan ci-dessus), avec en particulier les extraits du procès-verbal de plantation.

1) Borne des Trois Empires (Chézery-Forens, Champfromier, La Pesse)

La Borne au Lion, dite à l'origine Borne de la Cléa puis Borne des Trois Empires, est la plus connue. Elle classée Monument Historique de Chézery-Forens (où elle est dite Borne du Lion-Magras, Ref. PA00116403). On peut accéder à cette borne à partir du parking de la Pesse qui en est situé à une centaine de mètres. Voir la Borne au Lion.

2) Borne du Ramble-au-Tissot (Champfromier, La Pesse)

Borne non reconnue. Une cavalière affirmait toutefois l'avoir vue il y a quelques années, perdue dans le bois entre le Berbois et la Borne au Lion. Retrouver cette borne frontière, si elle y est encore, ne sera pas facile ; le lieu est truffé de lapiaz et de pierres moussues pouvant être prises pour des bornes, pierres qui seront donc à vérifier une par une...

Le compte-rendu de plantation rapporte d'abord l'échec, à la date du 9 septembre 1613, de la plantation de cette borne et des deux suivantes vers l'ouest. L'une des bornes à planter, encore vue une heure auparavant, est cassée, et les deux autres sont cachées et introuvables. Notons que la borne des Ramblan, qui vient d'être retrouvée 4 siècles plus tard, est de toute évidence l'une des deux qui étaient cachées. Mais ce jour là, tout se complique pour les officiels qui, empêchés d'agir par les habitants de Bouchoux survenus à la foule avec grand tumulte, sont contraints de quitter les lieux. Ils préfèrent donc reprendre leur route en direction de Viry... Mais ils reviendront cependant un mois plus tard, le 25 octobre 1613, et cette fois les trois bornes seront plantées.

"Ce fait [la borne de la Cléa étant plantée le 9 septembre 1613], avons pris notre chemin par ladite Vie des Croix du côté du village d’Ebouchoux à l’effet de planter les autre bornes nécessaires ez Combe du Ramble et de Nerbier jusqu’à la petite Crête des Nerbiers, mais passant par lesdites combes nous avons reconnu que la borne préparée en ladite Combe du Ramble et par nous vue en icelle une heure auparavant avoit été brisée en deux pièces et jettée en un fond parmy les buissons, et que deux autres que les habitans de Montange avoient conduit en ladite Combe des Nerbiers et sur ladite petite crête avoient été distraites et cachées, en sorte que ne les avons pu retrouver, sur quoy nous avons pris résolution de désigner l’endroit de ladite petite crête auquel devoient être plantées une ou deux bornes pour séparer les [p.°20 v° (531 v°)] souverainetez, tant le long dudit chemin contre la Cléa que du long de ladite crête devers l’avereüe [l’ancrena] du Bief Brun, à quoi faisant travailler sur une petite motte à l’entour de laquelle contournoit ledit chemin entre les maisons de François Marmet et de François Grandclément dit Carême dudit Bouchoux, nous en avons été empêchez par lesdits habitans des Bouchoux qui, survenant à la foule, s’y sont oposez avec une telle émotion et tumulte que nous avons été contraints de quitter la place, selon qu’il est plus particulièrement raporté dans le discours du procès-verbal que nous avons dressé séparément, et avons pris notre chemin du côté de Viry.

[...] [p.°20 v° (531 v°)]. Le jeudy vingt-quatrième jour d’octobre audit an 1613 [24 octobre 1613], nous lesdits Venot […], nous sommes retreuvez en la ville de St-Claude, suivant l’assignation entre nous prise pour continuer l’exécution de notre commission.

Et le lendemain vingt-cinquiesme dudit mois d’octobre [25/10/1613], nous sommes acheminez au lieu dit la Cléa proche la montagne de Chalamon où la première borne fut par nous posée au mois de septembre dernier, qui fait séparation des souverainetez de S.M. et de leurs A.S. entre les finages de Montange, pays de Bugey, et d’Esbouchoux, comté de Bourgogne, et dez ladite borne de la Cléa, suivant le Chemin dit la Vie des Croix qui tire de Chesery à Ebouchoux, étant au lieu dit aux Rambles-au-Tissot, y avons fait poser une borne, distant de celle de la Cléa de 209 pas, les armes de France tournées devers le midy, et celles dudit Comté de Bourgogne [p.°27 (538) sic] devers septentrion, la face non armoyée devers soleil levant regardant ladite borne de la Cléa, et l’autre face non armoyée tirant au soleil couchant regardant la borne suivante en la Combe au Ramble" [AD21, C3527, pp.°20-20v° et 26v°-27 du procès-verbal (pp. 531-531v° et 537v°-538 de la pagination réelle au crayon)].

 

Cette borne est schématisée au lieu-dit "Le Remble" par un petit carré sur le plan n° 1 annexé au procès-verbal de délimitation de la commune de Champfromier en 1830 (mais non citée dans le procès-verbal). On la retrouve, aussi matérialisée par un petit carré sur la feuille A2 des plans napoléoniens de Champfromier en 1833. A signaler que sur ces deux plans figure aussi une borne intermédiaire entre la Cléa et le Ramble, située à la limite de deux parcelles de terrain (au début de l'actuel chemin forestier vers le Tamiset)

On l'a dit, cette borne n'a pas (encore) été retrouvée. Toutefois Gustave Burdet en donnait encore une description en 1925 : "une petite borne de 28 cm sur 24, presque enfouie, où les armes de France devers soleil couchant et celles de la Comté devers le soleil levant avec la date 1613 sont parfaitement conservés" et les autres faces non armoriées [Les Bouchoux - La Pesse (1925), p. 24].

 

3) Borne du Berbois (Champfromier, La Pesse)

On trouvera ci-dessus (voir 2°) le compte rendu global de l'échec tumultueux du 9 septembre 1613 concernant la tentative de plantation de cette borne et de ses deux voisines. Le compte-rendu du 24 octobre 1613 n'enregistre plus d'opposition :

"Continuant notre chemin par ladite Vie des Croix [après la pose de la Borne du Ramble-au-Tissot], avons fait poser une autre borne en la Combe au Ramble au Bourboy [Berbois] sur l’extrémité de l’héritage aparte(na)nt à Claude Grandclément dit Carême, distant de la précédente de 250 pas, et de la grange dudit Grandclément de 115 pas, les faces de ladite borne armoyée tournées comme la précédente" [AD21, C3527, p. 27 du procès-verbal (p. 538 de la pagination réelle au crayon)].

 

On relève les mentions de "Borne" et "Tas de pierres", avec leur schématisation, sur le plan n° 1 annexé au procès-verbal de délimitation de la commune de Champfromier en 1830 (mais borne non citée dans le procès-verbal). Cette borne est aussi schématisée par un petit carré sur la feuille A2 des plans napoléoniens de Champfromier en 1833.

Borne du Berbois Borne du Berbois Borne du Berbois
Le tas de pierres, la face nord et la face sud

Gustave Burdet en donnait des compléments en 1925 : "on aperçoit... le sommet d'une autre borne émergeant d'un énorme tas de pierres accumulées par les cultivateurs... Le côté sud, 0,20 m, porte les fleurs de lys dans un écusson en creux ; des rainures autour des chiffres 1613 les mettent en relief. Le côté nord, orné du lion, a les chiffres en creux" [Les Bouchoux - La Pesse (1925), p. 24].

 

Nous avons observé que le tas de pierres est toujours existant (mais peu important). Il est situé à moins de cent mètres de la ferme la plus proche du pâturage. La borne émerge effectivement, très penchée vers l'est. Mais il devient très difficile d'en deviner dans les traces gravées, les blasons et dates...

4) Borne du Nerbier (Champfromier, La Pesse)

Dernière des trois bornes faisant suite vers l'ouest à celle de la Cléa, on se reportera ci-dessus à la Borne du Ramble-au-Tissot pour lire le compte rendu global du houleux échec du 9 septembre 1613 concernant la tentative de plantation de cette borne. En particulier on retiendra que deux bornes apportées par les habitants de Montanges avaient été cachées sans pouvoir être retrouvées. Compte tenu de la proximité, de la forme particulière du lion et du blason décentré, il est fort probable que, quatre siècles après sa disparition, la borne retrouvée récemment au Ramblan voisin, en remploi recouvert d'un crépis et placée à près de trois mètres de hauteur dans un chaînage d'angle de mur de ferme, n'est autre que la borne frontière originale de celle dont on peut voir de nos jours la copie de remplacement sur la hauteur du Nerbier...

Du compte-rendu du 24 octobre 1613 on peut retenir qu'un mois après, il n'y avait plus eu d'oppositions :

"Passant outre [à la borne précédente], avons fait poser une autre borne au dessus de la petite creste des Nerbiers, distant de la précédente d’environ 500 pas [mètres], et de la grange apartenant à François Marmet et aux héritiers de Claude Gentet dit Besson de 133 pas, les armes de France tournées devers le soleil levant hivernal, et celles du Comté de Bourgogne au soleil couchant hivernal, la face qui n’est encore armoyée [aux armes de France] devers midy regardant le long de la petite Creste des Nerbier tirant à l’ancrena du Bief Brun, l’autre face qui n’est armoyée devers septentrion regardant le Comté de Bourgogne. Et afin que lesdites souverainetez se puissent plus facilement distinguer, avons ordonné que les faces de ladite borne qui ne sont encore armoyées y seront insculpées, les armes de France devers midy et devers septentrion les armes dudit Comté de Bourgogne.

Les trois bornes susmentionnées ont été posées en présence de religieuse personne Domicilié Claude Delamare, grand prieur de l’abbaye de St-Claude, Messires Claude Rousset, prêtre curé d’Esbouchoux, Claude Nicod, Désiré Perrier, [p.°27 v° (538 v°)], Pierre de St-Oyan, Claude de St-Oyan et Pierre Mermet habitans d’Esbouchoux." [AD21, C3527, p. 27 et verso du procès-verbal (p. 538 et verso de la pagination réelle au crayon)].

 

Cette borne est matérialisée par un petit carré situé au changement de direction à angle droit de la limite communale sur le plan n° 1 annexé au procès-verbal de délimitation de la commune de Champfromier en 1830 (citée mais sans aucune précision dans le procès-verbal). On la retrouve aussi sous forme d'un petit carré sur la feuille A2 des plans napoléoniens de Champfromier en 1833.

 

Borne du Nerbier Borne du Nerbier Borne du Nerbier
Borne du Nerbier Borne du Nerbier
Mention 1613 (?) sur le dernier cliché

Gustave Burdet, poursuivant son inventaire des bornes, en donnait aussi des compléments en 1925 : "sur une petite crête aux Nerbier, à 10 mètres à droite du chemin en contrebas de cet endroit, une quatrième borne de 0,70 m de hauteur, 0,20 m de côté" [Les Bouchoux - La Pesse (1925), p. 24-25]. On a vu que le procès-verbal demandait que les deux faces non encore armoriées de cette borne le soient aussi, ce qui est logique puisque cet endroit est le sommet d'un angle droit et qu'il y avait donc deux faces de cette borne en regard de chacune des deux souverainetés. Burdet observe que ce travail n'avait pas été réalisé, ce que l'on peut encore constater aussi de nos jours.

5) Borne nord de la côte de la Mya (Champfromier, La Pesse)

Le compte rendu de plantation des bornes se compose de deux partie, une première où la Commission aux juges de Nantua et de la grande judicature de St-Claude donne ses instructions pour faire planter deux bornes supplémentaires (entre celle du Nerbier et le Four de la Pelette), au niveau de sapins isolés marqués de deux croix, et la seconde partie où la commission constate la plantation réalisée des bornes en 1614, presque un an plus tard !

 

"Et d’autant qu’il ne s’est treuvé sur lesdits lieux que les trois bornes susdites que nous y avons fait poser [le 25 octobre 1613], encore qu’il soit nécessaire d’y mettre plus grand nombre pour séparation plus aparante des souverainetez et affin d’éviter les contentions et difficultez qui pourroient survenir entre lesdits habitans de Montange et ceux d’Ebouchoux, avons avisé de faire poser deux bornes entre la précédente, qui est au-dessus de la petite crête des Nerbiers, et laverna [l’encrena] du Bief Brun, l’une desdites bornes près d’un grand sapin au pendant de ladites crête qui regarde sur la Combe des Nerbiers en un héritage apartenant aux héritiers de Claude Gaillard-Carelle, distant de la précédente de 247 pas [mètres], laquelle aura les armes de France tournées du côté de soleil levant, et celles dudit comté au soleil couchant. A l’effet de quoi nous avons fait marquer audit sapin une croix droite du côté dudit soleil levant [France], et une croix St-André du côté du couchant [Bourgogne].

[...] "Dez là [le samedi 4 octobre 1614, au Four de la Pelette], sommes allez à l’endroit de la petite creste des Nerbiers et audit lieu trouvé une borne plantée [des Nerbiers] et garnie des susdites armoiries séparant lesdites souverainetez du côté de vent et bize comme la précédente, et l’une des faces d’icelles non armoyée [malgré les instructions données presque un an auparavant...] tirant droit contre un sapin au pendant de ladite crête qui regarde sur la Combe des Nerbiers en un héritage appartenant aux héritiers (de) Claude Gaillard-Careta, distant de la précédente [des Nerbiers] d’environ 247 pas, au pied duquel sapin avons fait planter une autre pierre avec les mêmes armoyries tournées, celle de France du côté de soleil levant et celles de Bourgogne au soleil couchant, et les faces non armoyées l’une contre ladite borne déjà plantée au-dessus des Nerbier..." (Voir la suite à la borne suivante) [AD21, C3527, p. 27v° et 36v°-37 du procès-verbal (p. 538v° et 547v°-548 de la pagination réelle au crayon)].

Cette borne intermédiaire est schématisée par un petit carré sur le plan n° 1 annexé au procès-verbal de délimitation de la commune de Champfromier en 1830 (non citée dans le procès-verbal), et de même par un petit carré sur la feuille A2 des plans napoléoniens de Champfromier en 1833. Signalons que les délimitations des parcelles voisines figurant sur ce plan semblent encore bien marquées de bas murets dans le pâturage.

Borne de  la Mya Borne de  la Mya

S'il est bien difficile en 2011 de reconnaître une borne frontière dans cette pierre cassée solidement enterrée, située entre deux poteaux de clôture (les deux premiers poteaux de la photo de gauche, prise en visant le nord), elle est pourtant encore bien connue de la tradition orale. Elle se trouve exactement à l'emplacement prévu tant en distance que par les plans, et la clôture s'aligne parfaitement avec la borne du Nerbier (que l'on peut situer à l'arrière plan de la photo de gauche, avec une loupe...), clôture qui sépare exactement le Jura (à gauche de la photo) de l'Ain (à droite).

En 1924, M. Janin avait reconnu cette borne ajoutant avec inquiétude : "[La borne] s'élève de 0,50 m au-dessus du sol ; elle ne possède, sur le côté sud, qu'un écusson à peine visible et la date en creux 1613 ; les autres faces ne portent rien. Une fente à la base de l'écusson court complète (sic) dans toute la largeur ; la partie supérieure va bientôt se détacher et peut-être disparaître". L'année suivante la publication de G. Burdet, informera ses lecteurs exactement dans les mêmes termes, note elle-même reprise en 1995 par le chanoine Vuillermoz.

La prédiction de 1924 s'est malheureusement réalisée, la borne est cassée. Pire, la rumeur veut que vers 1965, la pierre fut cassée en trois morceaux, et il n'y en a plus que deux... On ne voit plus ni blason ni date sur les morceaux qui restent, du moins sur les faces apparentes...

6) Borne sud de la côte de la Mya (Champfromier, La Pesse)

Non retrouvée.

Pour les comptes-rendus de 1613 et 1614, ils étaient groupés avec ceux de la borne précédente. Voici les compléments spécifiques à cette borne. On observera qu'une fois encore une protestation se fait entendre, mais les commissaires l'enregistrent et s'en vont dormir aux Bouchoux !

"L’autre borne sera posée près d’un autre sapin marqué de deux croix comme le précédent, au bout de ladite petite crête des Nerbiers, tirant à l’ancrena du Bief Brun, en même aspect que la précédente, distant d’icelle de 102 pas.

[...] et l’autre [borne] contre un sapin éloigné du précédent d’environ 102 pas, marqué comme ledit précédent sapin d’une croix droite du levant et d’une croix de St-André au côté du couchant, au pied duquel sapin avons fait planter une autre pierre marquée des mêmes armoyries que dessus, séparant lesdites deux souverainetez et au même aspect que la précédente, où étant et comparant, ledit Jaques Michalier, au nom des héritiers dudit feu Claude Gaillard-Carela, auxquels apartient le prey où sont plantées lesdites deux pierres, nous a dit et rencontré [remontré] qu’il craint à l’avenir que ladite plantation ne puisse porter quelque préjudice audits héritiers à cause de la propriété et possession qui leurs en apartient et que partie dudit pré demeure rière la France, à ces fins a protesté et proteste au nom que dessus que rien ne leur puisse préjudicier en leur propriété et possession de ladite pièce, de quoy luy avons donné acte, puis voyant que la nuit aprochait sommes remontez à cheval et allez coucher à Esbouchoux." [AD21, C3527, p. 27v° et 37 du procès-verbal (p. 538v° et 548 de la pagination réelle au crayon)].

 

Comme la plupart des autres bornes frontières, cette pierre est matérialisée un petit carré sur le plan n° 1 annexé au procès-verbal de délimitation de la commune de Champfromier en 1830 (non citée dans le procès-verbal), ainsi que sur la feuille A2 des plans napoléoniens de Champfromier en 1833.

Comme pour la précédente borne, les textes des publications de MM. Janin, Burdet et Vuillermoz sont identiques. Reprenons celui de plus ancienne date, par M. Janin en 1924 : "La deuxième [borne] émerge à peine de 0,20 m, à 100 pas de cette dernière et à 15 mètres de la crête de la côte à Mya. Sa face supérieure porte une croix taillée en creux ; celle de l'Est un écusson et un lion rampant parfaitement visible. Mais pourquoi le lion de la Franche-Comté est-il tourné du côté de la France de 1613 ?"

Malgré nos recherches, la borne n'ayant pas été retrouvée (2011), l'on ne pourra plus observer si le lion semblait du mauvais côté ! Mais en fait il ne l'était pas : voir le blason de la Franche-Comté informait que si, a la vue de ce blason, l'on s'avançait, alors on mettait ses pieds dans un nouveau pays, celui désigné par le blason, ici la Franche-Comté.

7) Borne de la Buna, dite de la "Bune" (Champfromier, La Pesse)

C'est la seule borne frontière classée Monument Historique de Champfromier (dite du lieu de la Buna, classée le 12 janvier 1926, Ref. PA00116360).

Compléments : Borne de la Bune.

8) Borne du Fourg de la Pelette (Champfromier, La Pesse, Belleydoux)

La borne manque. Gustave Burdet, dans Un coin du Haut Jura, signalait en note (page 25) qu'elle a été cassée, et que les recherches entreprises par M. Maréchallat venait de permettre d'en retrouver des morceaux dans un mur de pierres sèches. Madame Vandembeusche emploie elle l'expression de murger, ajoutant que les morceaux y sont probablement encore...

Compléments : Four de la Pelette.

9) Borne de Beauregard (Les Bouchoux, Belleydoux)

La borne de Beauregard, classée MH (Bouchoux, Jura, le 12 janvier 1926, ref. PA00101820), est située sur la limite départementale entre Ain et Jura, au nord des Roches d'Orvaz. On peut y accéder par Belleydoux puis le Bugnon. Arrivé de cette manière, au carrefour, laisser la voiture, traverser en diagonale la pâture située à gauche vers le coin entouré de bois à gauche, et pénétrer d'une vingtaine de mètres dans ce bois. Là elle est bien dégagée et bien visible.

Borne de Beauregard Borne de Beauregard Borne de Beauregard Borne de Beauregard Borne de Beauregard
Faces nord (avec l'année 1613), ouest, sud, sud-est (avec la fissure) et est

Cette borne est d'aspect parallélépipédique à base rectangulaire (42 x 32 cm), de hauteur 83 cm, surmonté d'une pyramide donnant une hauteur totale de 89 cm. Le sommet de la face Est de la pyramide est percé d'un petit trou (4 x 3 x 3 cm). Les faces les plus larges présentent des ébauches d'armoiries, blason pointe en haut, qui sont en relief (1cm) sans aucun décor apparent. Les armoiries de Bourgogne et de France sont sur les petites faces, blasons de pointe en bas. Le blason nord (Bourgogne) n'a plus de bien visible que son encadrement en relief. Il faut de la bonne volonté pour en deviner la représentation ! Par contre on peut reconnaître le nombre 16 au-dessous à gauche de la pointe du blason (peint en rouge), et donc penser qu'un 13 se trouvait à droite pour composer l'année 1613. Pour le blason de la face sud (France), sauf la date qui ne semble avoir jamais figurée, les observations sont les mêmes sur le contenu du blason. Comme pour la borne de la Bune, on peut penser que le sculpteur s'est trompé en sculptant les blasons pointe en haut sur les larges faces, qu'il s'en est aperçu ou en a été informé avant que l'intérieur soit gravé, et qu'il a corrigé en recommençant sur les faces étroites.

La borne présente une profonde fissure bien visible sur les faces sud et est.

Signalons que la borne fut volée vers 1978 et que le propriétaire des lieux le signala à la mairie. On releva vite à proximité du trou laissé béant de grosses traces caractéristiques de pneus particuliers... La borne ainsi fut bien vite retrouvée, et deux à trois semaines plus tard, les employés municipaux de Belleydoux la rapportaient à proximité... Ce vol était déjà signalé par A. Vuillermoz (page 146), lequel le tenait d'un article du Progrès de l'Ain paru en août 1980.

 

Voici maintenant le procès-verbal de la tentative de plantation de la borne, sans succès ce jour là, contestation oblige, et pourtant la commission avait fait tout son possible pour aligner cette borne intermédiaire sur celles qui l'encadraient, allumant des feux et se repérant par l'alignement des fumées...

"Et le lendemain du présent mois [05/10/1614], avons, après avoir ouy le divin service du matin en l’église dudit lieu, en sommes partis accompagnez des susnommez pour visiter les lieux propres et convenables à planter d’autres bornes [Beauregard et Boussonnet] entre le Four de la Pelette et Prey Content, autrement des Seigneurs [Cernoises], pour obvier aux querelles et inconvéniens qui peuvent arriver tous les jours par cy-après aussi bien que par le passé sur les lieux contentieux à faute de due limitation entre les sujets desdites souverainetez ;

Et tirant chemin contre ledit Pré des Seigneurs, sommes arrivez sus un molard apellé de Beauregard, au pied duquel bat le pied de Desertain et auquel les possessions des deux granges apellées aussi de Beauregard font limite du côté du soir, dès dessus lequel molard avons jetté notre vue contre l’endroit du Four de la Pelette d’un côté, puis à l’oposite contre ledit Pré aux Seigneurs. Et ayant regardé l’un et l’autre, nous a semblé le haut dudit molard être lieu propre et nécessaire pour y planter une borne comme étant situé en lieu éminent et à droite ligne contre ledit Four de la Pelette et le Pré aux Seigneurs, comme nous a aparu tant par l’aspet desdits lieux que par la fumée des feux que nous y avons fait allumer à ces fins, ce que nous avons remontré et fait entendre respectivement aux habitans de Gobet, Belleydoux et autres lieux situez rière France, lesquels de Bourgogne ont offert d’obeÿr et consenty que ainsy fut. Et tant ceux de Gobet que de Belleydoux, par l’organe de Me Antoine Deville […] nous a remontré que la limitation présentement proposée est grandement préjudiciable [… (et comme il y a contestation, et qu’il faut les accords des parties, la borne n’est pas plantée)]" [AD21, C3527, p. 37-37v° du procès-verbal (p. 548-548v° de la pagination réelle au crayon)].

 

9/10) Borne intermédiaire du Pré Boussonnet

Partant à travers champs depuis la départementale D 33, entre les Cernoises (n° 10) et Beauregard (n° 9) on trouve, presque sur la limite départementale actuelle entre l'Ain et le Jura, une borne (20 x 40 x 60 cm environ) que les anciens, et les jeunes, affirment être une borne frontière intermédiaire, sans blason [Daniel Grandmottet].

Borne du Pré Boussonnet Borne du Pré Boussonnet

10) Borne des Cernoises (Les Bouchoux, Belleydoux)

Elle est classée MH des Bouchoux, Jura (classée le 12 janvier 1926, lieu-dit Les Cernoises, Ref. PA00101819). Sur les panneaux actuels de randonnée, elle est dénommée Borne au Lion des Cernoises. Voir les compléments.

11) Borne de La Boissière (Viry, Arbent)

Elle est classée MH de Viry, Jura (classée le 12 janvier 1926, lieu-dit La Boissière, Ref. PA00102055). Quelques dizaines de mètres après la ferme de La Boissière, au sud des village et lac de Viry, la borne se trouve à droite du chemin en sous bois. La particularité de cette borne est d'avoir été cerclée d'assez longue date pour éviter son effritement.

Borne de Viry Borne de Viry

Ses dimensions sont d'environ 90 cm de hauteur, pour une section rectangulaire mesurant au sommet 30 x 20 cm (dégradée). Côté France, on distingue le bas du blason en relief et il semble y a voir trace de l'année 1613. Côté Bourgogne, on ne voit plus rien du blason, mais l'année 1613 est bien plus nette. Il est à présumer qu'elle devait être bien plus haute puisque d'un côté seul le bas du blason est visible juste en dessous du cerclage en fer.

Autres bornes vers la Croix de l'épicier

Les publications font état de plusieurs bornes poursuivant à l'ouest le marquage de la limite entre Bourgogne et Bugey. Ces lieux se trouvant un peu loin de Champfromier, objet de ce site, on laissera à d'autres le soin de poursuivre cet état...

Autres bornes vers Champfromier

D'autres bornes frontières de 1613 ont existé, en particulier entre la Franche-Comté et, soit le Couloir Sarde, soit le Pays de Gex devenu français. Ainsi M. Janin évoque une borne qui se trouvait dans un murger à proximité du Crêt au Merle et deux autres qui devaient être plantées au regard de la vallée de Mijoux. Egalement sur cette frontière, Madame Vandembeusche signale une borne qui dépassait à peine d'un murger au bord du chemin qui mène à Malatrais, laquelle borne est présumée avoir ét volée pour orner une résidence secondaire... (page 19). La rumeur parle aussi de deux autres bornes frontières vendues après guerre...

 

Voir la Borne des Ramblan, borne qui vient d'être retrouvée (2011) dans un chaînage d'angle d'une ruine la laissant apparaître comme neuve après quatre siècles...

 

 

Source d'archives : Archives de la Côte d'Or, B 265 (1611-1612, limites de la France côté Franche-Comté, et extraits du procès-verbal pour terminer les contestations) et C 3527 (copie du précédent, et PV de plantation des bornes, à partir du folio 512). La copie sous Word, ainsi que les images numériques des pages photographiées sont disponibles sur simple demande [G. L.]

 

Bibliographie :

Paul Desalle (sous la direction de), Les Tibériades du comté de Bourgogne, t. 2, publié en avril 2018, en particulier le chapitre 6, dit La tibériade des Bouchoux (pp. 75-108), comportant en inédit une remontrance concernant huit meneurs des Bouchoux lors de la rébellion, emprisonnés à la conciergerie de St-Claude (voir ci-dessus, n° 2 Borne du Ramble-au-Tissot). Ouvrage de référence, avec photographies couleurs de la tibériade (pp. XXIV-XXXI).

Gustave Burdet fut dans les premiers à rechercher et à signaler l'existence de ces bornes au grand public, par ses deux publications sur Les Bouchoux (Notice sur Hautes-Molunes et Les Bouchoux, en 1896 (pp. 12-14), et Un coin du Haut-Jura, Les Bouchoux-La Pesse, en 1925 (pp. 22-26, dont planche des deux faces armoriées de la Borne des Cernoises (Désertin), et carte générale de délimitation et des bornes reconnues et à reconnaître, encart p. 32/33).

Michel Janin, Etude sur les bornes plantées entre la Franche-Comté et le Bugey à la suite du Traité de Lyon (1601), dans Bull. de la Société des Naturalistes de l'Ain, n° 38 de 1924, pp. 67-79. — Etablissement de la Frontière entre la Bresse Bressane et la Franche Comté, n° 41 de 1927, pp. 85-100, en particulier les notes page 100 (Four de la Pellatte et classement MH de 5 bornes). — Limites entre le Pays de Gex et la Franche-Comté, n° 43 de 1929, pp. 154-160. En 1929, M. Janin donnait pour document source "AD Doubs, B 0965" mais, outre que cette vieille cote n'est plus valide, les recherches poussées d'un archiviste de Besançon n'ont pas permis de retrouver ce document, ni un semblable sous une autre cote. Il y aurait donc dans cette référence une double coquille de lieu et de cote.

Deux villages en parenté, La-Pesse Les-Bouchoux, par le chanoine A. Vuillermoz, p. 134-148.

Paul Duraffourg, pour ses notes manuscrites.

Remerciements : Daniel Grandmottet (Tibériades), Cédric Mottier ; Isabelle Rossi (Publication G. Burdet), Julien Saillard (borne de Beauregard), Jean-François Terraz (Couloir Sarde). Crédit photographique : Daniel Grandmottet (2 et 5 des Nerbier, Pré Boussonnet, automne 2000) ; Ghislain Lancel (autres photos, 25/04/2011, 11/07/2011 et 14/07/2011).

Publication Ghislain Lancel (actualisation inédite)     

 

 

Première publication le 15 juillet 2011. Dernière mise à jour de cette page, le 20 octobre 2016.

 

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