Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Joseph Tournier (1854-1938), chanoine, archéologue

 

Joseph-Polycarpe Tournier [CI-6094] est un enfant de Champfromier. Comme bien d'autres paroissiens de ce village, mais pas de tradition dans sa famille, il fit une carrière ecclésiastique reconnue. S'il est encore connu de nos jours, et si même il est une célébrité, c'est qu'il fut l'un des précurseurs dans l'archéologie, la préhistoire et la géologie du département de l'Ain.


Le chanoine Joseph Tournier en fouilles à la Croze (Chateauneuf, hameau de Neuville sur Ain)

 

"Joseph-Policarpe" Tournier est né à Champfromier le 25 avril 1854, fils de François Tournier dit Sergent, garde-forestier (49 ans), et de Marie-Jeanne Genolin, cultivatrice (41 ans). Dernier né d'une fratrie de 9 enfants dont l'aînée était née en 1835, presque vingt ans avant lui, on ne fondait pas sur ce petit dernier un avenir brillant : ses témoins au registre des naissances sont Joseph Ducret, 51 ans, garde-champêtre, et Jean-Antoine Bornet, 70 ans, rentier. Quand il s'ouvre à la vie, cinq de ses frères et sœurs sont déjà morts, âgés de moins de 12 ans, dont une sœur décédée tout juste 3 mois avant que lui ne naisse.

Carrière ecclésiastique

 

Né le 25 avril 1854 à Champfromier (Ain) ; Etudes au petit séminaire de Belley ; Grand séminaire de Brou (1872-1875) ; Professeur en classe élémentaire au collège de Thoissey ; Ordonné prêtre le 1er septembre 1878 ; Professeur de la classe supérieure de français, où il enseigne durant 13 années ; Nommé curé de Contrevoz, le 1er octobre 1891 ; Nommé curé et archiprêtre de St-Rambert, le 17 août 1900 ; Commensal de Mgr Labeuche, chanoine titulaire, vicaire général honoraire et visiteur diocésain en 1908 ; Nommé Directeur de l'Enseignement libre et inspecteur des écoles primaires catholiques du diocèse, par Mgr Manier en 1910 ; Décédé le 14 juillet 1938 à Belley, âgé de 84 ans.

Le nom de Tournier, pour lors curé de St-Rambert, restera aussi attaché à la création de l'association des Pères de famille, en réponse à sa préoccupation des dangers que faisaient courir la dite neutralité de l'école publique, laissant place aux doctrines les plus dangereuses...

 

Carrière scientifique

Esprit ouvert, c'est alors qu'il était professeur de la classe supérieure de français qu'il eut l'occasion d'étudier les sciences physiques et naturelles pour lesquelles il se passionna. Il fut initié à la géologie et à la paléontologie par M. Corbet de St-Amour, vénérable savant, puis résolut d'approfondir ces sciences avec son confrère l'abbé Beroud. Plus tard, il contina ses travaux, assistant aux congrès des Société savantes, publiant lui même des articles ou brochures (Les hommes préhistoriques de l'Ain, la Grotte des Hoteaux, etc.) où il exposait le résultat de ses découvertes faites dans les grottes et abris du département. Il publia dans le Bulletin de la Société Gorini et dans le Bugey dont il est le co-fondateur.

Il fut en contact avec de nombreux scientifiques, en particulier l'abbé Henri Breuil, "le pape de la Préhistoire", préhistorien universellement connu.

Ses fouilles les plus connues de la période Paléolithique concernent essentielement trois grottes : les Hoteaux à Rossillon, dans la cluse de l'Albarine (1894), la Bonne Femme à Brégnier-Cordon, sur le rive gauche du Rhône (1895) et la Tessonnière à Ramasse dans la Revermont (1903). On lui doit aussi d'avoir repris ou prolongé les fouilles de la grotte de La Cabetane à Treffort (1902), l'abri de la Croze (photo ci-dessus) à Chateauvieux, la grotte de la Sauge à Cerdon, le grand abri de Sous-Sac à Craz en Michaille, ainsi que Serrières-sur-Ain, Bénonces, etc.

Bien entendu les préoccupations archéologiques de l'époque n'étaient pas celles d'aujourd'hui, et il est heureux que tout n'ait pas été fouillé, voire retourné..., pour une simple collecte d'objets, qui était alors la principale activité sur le terrain. Néanmoins il avait réuni une grande collection d'outils (silex, os) et celle-ci n'a pas été dispersée.

Il en fit don au Grand Séminaire de Belley, inauguré en 1932, et sa collection y figura au titre du Musée St-Anthelme. L'intégralité de ce musée (tel qu'il se constituait alors) est actuellement (2012) en dépôt au musée Escale de Brénier-Cordon (Ain).

 

 
Grotte des Hoteaux (Vue générale et détail) pendant les fouilles de mai et juin 1895
provenant des collections du Musée de Brou, Bourg-en-Bresse.
Le spéléologue Bernard Chirol y mentionne la présence de l'abbé Tournier et de Charles Guillon,
peut-être aussi de l'ingénieur Ratinet près d'eux, et sans doute du père Naudet [Cluse, toujours tu m'intéresse, 2007 (p. 223 et 225)].

Bibliographie (ouvrages dont est tirée la plus grande partie des informations ci-dessus)  :

Histoire de Champfromier, par l'abbé Genolin et le chanoine Alloing, dont il rédige l'Introduction (pages V-XXI), tirée de la Revue Gorini n° 39 de juillet 1913 (pages 229-236), et dont la carrière est résumée (jusqu'en 1918) en fin d'ouvrage (p. 249-250).

Biographie (André JULLIARD et Robert VILAIN) dans l'ouvrage Belley et le Bas Bugey Antiques, aux éditions A. BONAVITACOLA, 2004.

 

Crédit photographique : Jean-Pierre Fillion (Portrait) ; Frédéric Thouny, secrétaire PPA (La Croze, photo AD 01) ; Musée de Brou.

Remerciements : Sylvain Riou, (ancien) chargé des expositions du Musée Escale Haut-Rhône, à Brégier-Cordon (Ain) ; André Julliard, éthnologue ; Bernard Chirol.

Première publication le 12 avril 2012. Dernière mise à jour de cette page, le 7 septembre 2017.

 

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