| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Vers 1904, le travail de la verroterie par les lapidaires était très répandu (seuls quelques ouvriers travailleront ensuite la vraie pierre).
Dans son ouvrage, Les Pays de l'Ain, J. Corcelle traite des bijoux, diamants et strass. Reprenons ses écrits : "La Vallée de la Valserine et le Pays de Gex ne taillent guère que le faux et le doublé. (...) Entrez dans n'importe quelle maison, et je serais étonné si vous n'y trouvez pas un ou deux établis (...) On travaille surtout la pierre fausse, silicate de plomb et de potasse, dans des proportions qui varient suivant l'effet à obtenir. C'est le strass, qu'on achète à Paris par masses de 5 à 20 kilos. Il est cassé en morceaux de 8 à 10 millimètres cubes, qui sont fondus dans des fours minuscules, en terre réfractaire ; il est retiré, refroidi et devient la chaton prêt à être travaillé. Fixé au bout d'un bâtonnet, il est poli à la meule de plomb ; lorsque les faces sont faites, on le passe à la meule de cuivre. Dans le doublé, le fond ou rose de la pierre, qui lui donne son reflet, étant plus dur, on le polit à la meule d'étain." [Les Pays de l'Ain par J. Corcelle, 1904 (p. 203-204)].

Le strass est un verre imitant une gemme. Il est utilisé pour la confection des bijoux fantaisie, et doit son nom à son inventeur, Georges-Frédéric Strass, joaillier strasbourgeois qui mit à la mode ce genre de bijoux vers 1746. C'est un cristal, donc un verre contenant au moins 24 % d'oxyde de plomb, et dans ce cas dépassant les 50 %, ce qui lui donne un très haut indice de réfraction.
A Champfromier on ne disait pas strass, mais tout seulement "masse de verre", ce qui se justifie bien puisque cette expression qualifie le verre à sa sortie du moule de sable dans lequel elle a été coulée (et dont on voit des traces à l'extérieur). On se souvient encore que ce verre était brisé et coulé dans de tous petits moules à la forme de la verroterie à réaliser. Monsieur Amand Camas (ancien meilleur ouvrier lapidaire de France) appelait la matière elle-même (petits morceaux refondus prêts à être taillés) du "FAUX", par opposition à la pierre de synthèse ou synthétique appelée par les lapidaires jurassiens du "SCIENTIFIQUE" !
Dans le commentaire de M. Corcelle, seule sa phrase sur le doublé mériterait une vérification.

Remerciements : Jean-Fred Meylan (masse de verre Péridot du musée, et commentaires), Sylvain Niogret (autres masses colorées). Crédit photographique : Ghislain Lancel (2013).
Première parution, le 17 juillet 2013. Dernière mise à jour de cette page, idem.