Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

André Tournier, maire (1847-1848)

 

Une année au début mouvementé...

Rappelons que Martin Coudurier, le maire précédent avait vu en novembre 1846 ses conseillers voter en son absence un acte municipal de remerciements à son intention pour sa bonne gestion – et celle de son adjoint –, s'adressant ainsi au préfet, lui rappelant qu'il lui ont demandé de renommer le maire et l'adjoint actuels (pour le prochain mandat), "en lui signalant quelques intrigues, d'un bien petit nombre, dictées par la haine", ajoutant que "s'il en était autrement, la commune ne pourrait qu'en souffrir, le conseil se trouvant en opposition"... Puis le maire avait continué d'honorer de sa présence les délibérations, jusqu'au 10 novembre, date où la séance fut présidée par l'adjoint, "en l'absence du maire" [AD10, f° 10v]. Signalons que l'acceptation du legs d'une maison Tournier pour y placer une école de filles congrégationiste, concurrente de celle de St-Joseph, divisait la commune. Le nouveau maire Tournier était-il concerné ?

L'acte suivant, en date du 29 décembre 1846, fut annoté ultérieurement en marge de "Installation mouvementée du maire". On comprend pourquoi. Voici les extraits significatifs. "... le conseil, réuni dans la maison commune, et tous les membres présents, ainsi que le sieur Tournier André, le tout pour procéder à son installation aux fonctions de maire de cette commune, et aussitôt une affluence considérable de peuple se porta à la maison commune et s'est introduite dans la salle du conseil, menaçant de chasser le conseil du local, de s'emparer des clés de la maison commune jusqu'à nouvel ordre, si un des membres du conseil était assez hardi pour procéder à son installation, avant que d'avoir reçu réponse à la pétition qu'ils se sont hâté d'adresser à Son Excellence le Ministre de l'Intérieur. Le conseil, vu une telle exaltation, et peut-être pour éviter une effusion de sang, a cru devoir dire au sieur Tournier que le mieux et le meilleur conseil qu'on put lui donner serait de ne pas persister, et de ne pas exposer sa personne aux insultes et à des violences ; sur quoi, il s'est retiré sans proférer une parole" [AD10, f° 11].

On ne sait donc pas qui est le maire, mais le préfet nomme Mr Ducret Martin comme adjoint au maire, et Mr Mermet Michel comme adjoint spécial de la section d'Evuaz, nominations qui étaient datées du 12 novembre. Et le même 29 décembre, "nous soussignés, Ducret Joseph, premier membre du conseil municipal (...), vu la non installation du maire", ont reçu le serment dudit Martin Ducret (seul).

Tournier André, le nouveau maire nommé, sera finalement installé le 12 janvier 1847, par un représentant du sous-préfet de Nantua, venu spécialement jusqu'à la salle de la maison commune de Champfromier, et qui rédige l'acte en présence du conseil municipal, et ledit maire, qui prête le serment et signe avec lui [AD10, f° 12v-13].

André Tournier avait réussi à se faire reconnaître comme le maire de Champfromier. Mais les émeutes parisiennes, et l'abdication de Louis Philippe auront raison de sa fonction dès le mois de mars de l'année suivante, 1848. Par contre, plusieurs membres du conseil, reconnaissables à leur signature (Guichon, Ducret futur maire, M. Mermet, Genolin et autres), se retrouveront sous la IIe République.

André Tournier

André Tournier (1812-1882) [CI-4683] est issu de la branche Tavernier/Tournier/Perancy.

Les actes municipaux rédigés sont rares. Au troisième acte (session légale d'avril 1847), à propos des comptes de gestion du percepteur, lequel porte en marge "Refus du maire de signer les délibérations", il est effectivement mentionné dans le compte-rendu du Conseil que "M. le Maire a été prié de les signer, ou de donner son avis, ce qu'il a refusé sans pouvoir donner les motif ; (c'est) pourquoi, et attendu que Mr le Maire jusqu'à présent a toujours refusé de signer les délibérations prises jusqu'à ce jour, se sont séparé sans nul résultat" (9 signatures, mais pas celle du maire).

Finalement on finit par trouver la signature du maire (acte suivant, le 31 mai, côtes impayées) et même ensuite la mention de sa présence (affouage, gratuité de l'instruction aux enfants des indigeants, réparations à l'école des filles). Le 6 novembre (indemnité pour chemin construit), il signe même pour la première fois en ajoutant le mot "maire" dans son paraphe de signature, conformément à la tradition.

Il est remplacé dès le mois de mars de l'année 1848, au moment de l'instauration de la IIe République.

 

Publication : Ghislain LANCEL. Sources : AC Champfromier, RD10.

Première édition de cette page, le 4 mars 2015. Dernière mise à jour, idem.

 

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