| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Cette page fait suite à celle de la concession initiale Genolin en 1838 dont on a vu que Louis-Philippe, le Roi des Français, le 12 août 1844, avait accordé une nouvelle concession, restreinte à la rive droite du ruisseau des Etraits de la commune de Forens (Ain), sous l'appellation de "Forens-Sud" (225 ha), concession accordée aux sieur Genolin et Compagnie. Mais, par un témoignage notarial voir (ci-dessous), on sait que Camille Genolin, par un jeu d'écritures et de sociétés en cascade, s'était désisté dès le 10 avril 1840, et que c'est donc en réalité à la Compagnie Générale des Asphaltes que le roi Louis-Philippe avait accordé la concession de 1844. C'est ce qui sera retenu par la suite : Forens-Sud, 225 ha, appartient depuis le 12 aoûtt 1844 à la Compagnie des Mines d'Asphalte de Seyssel [Le Génie Civil, 4 avril 1936].
Le volumineux dossier 8S 33 des Archives départementales de l'Ain comprend un cahier de 13 pages, constitué d'extraits d'un acte passé en trois fois par-devant Me Jean-Jacques Roquebert, notaire à Paris, commencés le 31 décembre 1855, et achevés les 2 et 3 janvier 1856. Cette copie, datée du 28 juin 1861, comporte des lacunes, volontaires.
Ainsi, "ont comparu 1° X ; 3° Mr Timoléon Brun, ancien adjoint au maire de Montpellier (...), agissant tant en sa qualité de gérant de la société en commandite Brun et Compagnie, établie à Paris, 60 Bd Sébastopol (...), qu'au nom de l'assemblée générale qui aura lieu le 5 janvier 1856". Ceux-ci veulent fonder une société de commerce pour l'exploitation des asphaltes et des bitumes (de mines acquises ou à acquérir en France ou à l'Etranger, pour des travaux de dallage, pavage, ou de construction de trottoirs et chaussées en bitume) dont M. Baboneau sera le seul gérant et associé responsable. La société prend la dénomination de Compagnie Générale des Asphaltes (Mines de Seyssel, Val de Travers et autres). La raison sociale est Baboneau et Compagnie.
"L'apport de M. Brun est 1°) Etc. (sic) ; 3°) La concession de Forens-Sud, d'une contenance superficielle d'environ 2 km² et 25 ha résultant de l'ordonnance royale du 12 août 1844".
Le cahier comprend aussi un extrait de pièce jointe. "La société Brun et Compagnie possède, section 1ère, les biens apportés à la dite société par M. Edouard Guesdon, négociant à Lyon, soit, 2°) la concession de Forens-sud, dont la concession avait été accordée à Genolin et Cie, mais en réalité dépendant de la société civile qui suit :
"dès le 22 juillet 1838, un acte est reçu par Me Fournel, notaire à Lyon, concernant MM. Dupraz fils notaire à Challonges (Savoie), Camille Genolin, juge de paix à Seyssel, Louis-César-Auguste Millet, inspecteur des Eaux et Forêts résidant à Toulouse, Mottard (Eugène et Adolphe) frères, négociant à Lyon, et Edouard et Auguste Guesdon frères, tous deux agents de change demeurant à Lyon. M. Dupraz était propriétaire d'un gisement existant sous des immeubles de son père à Challonges. MM. Genolin, Millet, Mottard frères et Guesdon frères représentaient la société de raison sociale Genolin et Cie, constituée verbalement le 11 mai 1838, puis ils ont formé une société civile dénommée Compagnie des Mines d'Asphaltes de Forens et de Challonges en France et en Savoie. Le fonds a été divisé en 12 parts (1 à Dupraz, 1 à Genolin, 1 à Millet, 4 aux frères Mottard, 3 à Edourd Guesdon et 2 à Auguste Guesdon). MM. Genolin et Millet se sont désistés le 10 avril 1840 (Me Fournel, notaire à Lyon), M. Dupraz fils s'est désisté le 15 juillet 1840 (acte sous signatures privées à Lyon). M. Auguste Guesdon a cédé tous ses droits à M. Edouard Guesdon le 30 novembre 1840 (acte sous signatures privées à Lyon). Les frères Mottard ont cédé leurs droits le 17 mars 1847 à M. Edouard Guesdon (Me Mioche, notaire à Lyon).
"Il en résulte que (dès 1847) M. Edouard Guesdon s'est trouvé seul propriétaire des dites concessions de mines" [AD 01, 8S 33].
Dans la réalité, cette concession fut longtemps inexploitée. Le 3 septembre 1860, les frères Alexandre et Paul-Henry Saunez, candidats à une concession de la rive gauche, taclaient sur la rive droite : "la partie sud du ruisseau de Forens, qui a fait l'objet d'une concession à Genolin et Cie en 1844, est restée intact faute d'exploitation par lesdits concessionnaires".
Le 11 juillet 1861, dans le cadre d'une visite préparatoire à une éventuelle autorisation de concession au nord du ruisseau des Etraits, l'ingénieur ordinaire des mines, y observe la présence d'une petite carrière, frauduleusement exploitée... Il est à signaler, exprime-t-il, que la concession de Forens-Sud, qui n'a jamais été l'objet d'une exploitation sérieuse, étant tombée en dernier lieu entre les mains de la Compagnie de Pyrimont, pour conserver une sorte de prise de possession, s'est mise à tirer chaque année quelques charrettes d'asphalte, dans cette carrière qui n'est pas de leur concession, et plus encore du côté du ravin opposé à leur concession. Je signale ce fait à l'attention de l'administration... [AD 01, 8S 33].
La préfecture réagit effectivement, comme on le voit dans le rapport de la même année 1861 : "Il existe dans la commune de Forens [Forens-Sud] une concession de mine d'asphalte inexploitée. Comme il est d'intérêt public que cette richesse minérale soit utilisée, j'ai mis la Compagnie en demeure d'exploiter, sur la proposition de MM. les ingénieurs des mines" [Conseil Général de l'Ain, 1861, p. 59].
On ne dispose pas de données durant la décennie qui suit le rappel à l'ordre de 1861. Durant les deux décennies suivantes, on observe que Forens-Sud est la propriété des Anglais, et que la mine y est presque à l'arrêt, contrairement à celle de Pyrimont. Tout juste quelques extractions sont faites afin que l'administration française ne puisse fermer le site.
Les registres de la préfecture consignent des rapports qui se ressemblent. "L'exploitation des mines du département a été ralentie par suite des circonstances (de la guerre de 1870). Toutes les concessions de mines de calcaire bitumeux ont été acquises à des prix élevés par des sociétés anglaises. "La concession de Pyrimont, ainsi que celle de Forens [Forens-Sud], ont été achetées par la Compagnie Générale des Mines d'Asphalte, qui a son siège à Londres ; ses produits sont transportés jusqu'en Angleterre [...]. La concession de Forens [Forens-Sud] fournissant un calcaire moins riche (qu'à Pyrimont), et soumise à des transports coûteux, est délaissée pour le moment par la Compagnie générale, qui porte tous ses efforts sur le site de Pyrimont, plus avantageux à exploiter" [Conseil Général de l'Ain, 1873, p. 330-331].
"Dans la concession de Forens-Sud, qui appartient à la compagnie propriétaire de Pyrimont, on a pratiqué en 1873 un petit grattage sur les affleurements. Ce travail consiste en une galerie qui n'a atteint que 4 à 5 mètres de longueur. Il n'était probablement entrepris d'ailleurs que pour satisfaire en apparence au cahier des charges, qui interdit de laisser la mine en chômage sans cause légitime". Suite à une plainte, la Compagnie anglaise concessionnaire de Pyrimont a demandé de réunir 5 mines, dont Pyrimont et Forens-Sud, les deux de l'Ain, et 6 autres de Haute-Savoie et des Landes, mais l'instruction n'en est pas terminée [Conseil Général de l'Ain, 1874, p. 143-144 (voir le comparatif avec Chézery)].
"Cinq concessions de calcaire asphaltique ou bitumineux ont été instituées dans le département de l'Ain, savoir : Pyrimont, Chézery, Orbagnoux, Forens-Sud, Lélex : Deux seulement ont été exploitées en 1879, celles de Pyrimont et de Chézery. A Forens-Sud et à Lélex, il n'a été fait aucun travail en 1879." [Conseil Général de l'Ain, 1880, p. III et IV (vues 303/764)].
"Quelques travaux effectués en 1883 par la même Société (Société Générale...) sur la concession de Forens-Sud, n'ont donné que 45 tonnes de minerai." - Le département compte une concession d'asphalte de plus en 1883, "par suite de quelques travaux exécutés sur la concession de Forens-Sud". Par ailleurs, en vertu d'un décret du 14 janvier 1884, la Société Générale, représentée par le Sr William Ormiston Callelender, a pris le nom de Concession de Volant-Seyssel [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1884, p. 217-218, 316-317].
"Concernant les 5 concessions en calcaire asphaltique du département, celle de Chézery a vu (que) des travaux (de production) ont été exécutés durant l'exercice 1884-85, tandis que celle de Forens-Sud est restée inactive" (2 mentions) [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1885, p. 181 (vue 410/820) et pp. 185-186 (voir le comparatif avec Forens nord)].
Le tableau pour l'exercice 1885/86 mentionne que la concession de Chézery est active, mais pas celle de Forens-Sud. "Les mines de Forens-Sud, de Lélex et d'Orbagnoux ont continué à être inexploitées". La concession Volant-Seyssel est en passe de se dénommer Seyssel, et d'y inclure Forens-Sud. La mine de Forens-Sud a continué à être inexploitée [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1886, p. 107, 109 (vues 36, 38/1881) p. 111 (vue 365/1881)].
"La Compagnie générale des mines d'asphalte est en demande pour obtenir la fusion des deux concessions de Volant-Seyssel et de Courtchaise en une seule sous le nom de Seyssel ; elle demande aussi d'y réunir la concession de Forens-Sud, et autres [...] " [Conseil Général de l'Ain, 1887].
"Forens-Sud fut inexploitée en 1887. Aucun accident ne s'est produit en 1887 dans les mines du département" [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1888, p. 72 (vue 308/1185)].
"Forens-Sud n'a pas été exploité en 1888" (2 mentions) [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1888, pp. 100, 195].

L'exposition universelle de 1889 à Paris, est l'occasion pour chaque exposant de se faire connaître. Ainsi, la Compagnie Générale des Asphaltes de France (des mines et usines à Pyrimont-Seyssel), dont le pavillon d'exposition se trouve en face de l'entrée Nord de la grande halle des machine, exprime dans une notice que sa formation remonte à 1855 avec la fusion de plusieurs sociétés, et que les rachats se sont poursuivis après le retour de la Savoie à la France, redevenant par le décret du 8 mai 1888, comme avec les limites qui avaient été fixée en l'an V, et prenant le nom de Concession des Mines d'Asphalte de Seyssel, localité de référence. Cette société comprenait aussi des possessions en Sicile, la concession de Forens-Sud, et d'autres. Elle précise aussi qu'elle est alors (depuis 1884) adjudicataire des travaux d'asphalte des trottoirs et chaussées de nombreux arrondissements de Paris, et ne se prive pas de critiquer vertement la médiocre qualité de l'asphalte que Paul Crochet (non nommé) utilisa pour les rues de Paris : "Il n'est pas inopportun de rappeler que, de 1878 à 1883, la Compagnie, évincée, par les hasards d'une adjudication de la situation d'entrepreneur des travaux d'asphalte de Paris, a dû céder la place pendant ces six années à des industriels écroulés depuis dans la faillite, mais qui ont eu malheureusement le temps de couvrir nombre de chaussées d'une sorte de pseudo-asphalte, dont certains vestiges existent encore, en quel état ! Les Parisiens le savent trop ! La Compagnie n'est donc aucunement responsable des méfaits qui se sont accomplis à cette époque fâcheuse de la carrière d'asphalte à Paris, et c'est de 1883 seulement que date l'œuvre nouvelle qu'elle y a accomplie, l'ancienne ayant été toute plus ou moins contaminée par l'entreprise malencontreuse dont nous venons de parler" [Coll. privée (Michel Blanc)].
"La mine de Forens-Sud a été inexploitée en 1889" [Conseil Général de l'Ain, 1890, p. 112-113 (vues 507-508/1219) , et p. 134 (vues 529/1219)].
"(En 1890) les mines de calcaire asphaltique d'Orbagnoux, de Forens-Sud et de Lélex ont été inexploitées." [Conseil Général de l'Ain, 1891 (session d'août), pp. 224-225 (vues 482-483/1114)].
"Forens-Sud a été inexploitée, contrairement à "Chézery" [Conseil Général de l'Ain, 1891 (session de janvier), p. CXXXV (vues428/1103), et CCXV (vue 508)].
Trop d'inactivité ! En 1893 l'ingénieur des mines pousse le préfet à agir...
Le 21 janvier 1893, vu les observations présentées le 28 novembre 1892 par M. Malo, au nom de la Compagnie générale des asphaltes de France, concessionnaire de la mine de Forens-Sud, l'ingénieur des mines propose un texte à l'approbation du Préfet de l'Ain, qui arrête que cette Compagnie soit "mise en demeure, dans un délai ne dépassant pas le 1er mai 1893, (de reprendre) les travaux d'exploitation de la dite-concession", faute de quoi il serait procédé au retrait de la concession. La missive est transmise au sous-préfet de Belley.
Mais la Compagnie, par la plume de Léon Malo, ingénieur, directeur de l'exploitation des mines de la Compagnie, ne répond au préfet, que par une lettre à en-tête datée de Pyrimont-Seyssel du 22 août 1893 : cette concession de Forens-Sud "n'est plus exploitée par elle qu'à de longs intervalles ; la raison de cette inactivité est dans la médiocre qualité du minerai, qui n'est plus en rapport avec les nécessités actuelles des travaux d'asphalte, et dans les difficultés de transport qu'impose son éloignement de toute voie ferrée (...) le chômage est relatif (...) c'est une réserve à laquelle la Compagnie aurait recours le jour où les mines de Seyssel viendraient à s'épuiser, ou à diminuer de qualité ; elle serait obligée de se contenter du minerai inférieur de Forens ; (compte tenu de l'injonction), avant peu de jours, l'extraction sera reprise". Le directeur fait ensuite remarquer que l'asphalte de Forens, trop pauvre, ne peut être utilisé pour les travaux d'asphalte comprimé en usage dans les chaussées des villes. Il ne peut que servir à la fabrication du mastic d'asphalte qui entre dans la construction des trottoirs. Concernant les besoins de la consommation, cités aussi dans l'injonction, ce ne sont pas les 4 ou 5 ouvriers qui travaillent dans les galeries de la concession de Forens-Nord, non plus que ceux qui vont être replacés dans celle de Forens-Sud, qui peuvent influer beaucoup sur les besoins. En définitive, bien que se résignant à la reprise de l'activité, la Compagnie demande l'autorisation de suspendre l'exploitation de cette concession, "pour un temps indéterminé". La mise en déchéance de cette concession ne profiterait qu'aux parasites de l'industrie de l'asphalte pour abriter les contrefaçons dont cette industrie est malheureusement infestée. Le 7 octobre 1893, l'ingénieur des mines signale au préfet que l'activité va reprendre sérieusement à Forens-Sud [AD 01, 8S 33].
Des efforts (relatifs) sont effectivement constatés. La préfecture note : "La concession de Forens-Sud a été remise en exploitation à partir du 1er mai 1893 par la Société des asphaltes de France, propriétaire de Seyssel. La reprise des travaux a été imposée à cette Société par l'Administration, en raison du caractère du gisement, qui ne paraît pas réellement inexploitable. Une galerie de recherche ancienne a été rencontrée et se continue actuellement." [Conseil Général de l'Ain, 1893 (session d'août), p. CLXXXVIII (vue 499/1159)].
Toujours pour l'année 1893, on relève aussi quelques compléments, avec des espoirs, mais aussi les contraintes habituelles : "La concession de Forens-Sud, appartenant à la compagnie de Seyssel, a été remise en exploitation, conformément aux mises en demeure adressées par l'Administration aux concessionnaires. Cette concession, limitrophe de celle de Chézery, renferme le prolongement du même gisement, reconnu depuis longtemps par une galerie. Quelques ouvriers ont d'abord tiré le minerai ancien. L'avancement rencontre maintenant un calcaire relativement riche, mais difficilement utilisable par la Compagnie de Seyssel, qui se trouve obligée de la transporter par voiture depuis Forens jusqu'à Saint-germain-de-Joux et ensuite par voie ferrée jusqu'à Pyrimont." [Conseil Général de l'Ain, 1894 (session d'août), p. CIX-CX (vue 403-404/1212)].
Le commentaire se répète en 1894 : "Concession de Forens-Sud : le même gisement (que celui au nord) se prolonge, mais, paraît-il avec un peu plus de régularité, dans la concession voisine de Forens-Sud, qui appartient à la Compagnie de Seyssel. Cette concession a été remise en activité, sur les instances de l'Administration, mais la difficulté du transport amène les exploitants à limiter leurs travaux au strict accomplissement des obligations légales." [Conseil Général de l'Ain, 1895 (session d'août), p. 87].
Pour les deux années 1894 et 1895 la préfecture publie un tableau comparatif, aux commentaires habituels : "la concession de Forens-Sud appartient à la Compagnie Générale des Asphaltes de France ; elle est en beaucoup moins bonne situation que celle de Volan-Seyssel, par suite d'une moins grande richesse du gîte et du prix élevé des transports (...) Le gisement paraît limité et peu régulier". L'exploitation des concessions de Lélex et d'Orbagnoux, avec une richesse assez exceptionnelle, pourraient permettre l'exploitation de gîtes plus éloignés des gares, Forens-Sud et Chézery [Conseil Général de l'Ain, 1896 (session d'août), p. 76 et 1897, p.74, 76-78]. Nous avons complété ce tableau avec les chiffres de 1896 et 1897 [Conseil Général de l'Ain, 1897, p. 80 et session d'août 1898].
| Année | Lieu | Extraction (tonnes) | Salaires (francs) | Lieu | Extraction (tonnes) | Salaires (francs) | Lieu | Extraction (tonnes) | Salaires (francs) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1894 | Seyssel | 12.384 |
75.400 |
Forens-Sud | 302 |
1.517 |
Chézery | 783 |
4.353 |
| 1895 | Seyssel | 17.545 |
138.000 |
Forens-Sud | 109 |
957 |
Chézery | 2.100 |
4.799 |
| 1896 | Forens-Sud | 11 |
Chézery | 395 |
|||||
| 1897 | Forens-Sud | 63 |
Chézery | 0 |
Les rapports du Conseil général manquent de 1899 à 1907. Mais un tableau publié en 1908 mentionne les dates du chômage de diverses concessions, dont Forens-Sud en 1901 [Conseil Général de l'Ain, session d'août 1908, p. 40]. Ce même tableau sera repris l'année suivante avec le commentaire que "comme nous l'avons exposé les années précédentes, le chômage de ces concessions ne paraît pas motiver l'intervention administrative". Ces arrêts d'exploitation sont donc définitifs, et on retrouve encore le même tableau en 1910.
Signalons que la fin de l'exploitation de Forens-Sud ne signifie pas qu'il en est de même pour la société. Ainsi, le 13 janvier 1906, M. Léon Malo au nom de la "Val de Travers Asphalte Paving Company" dont le siège est à Londres, sollicite encore une concession de mine d'asphalte à St-Jean-de-Maruéjols, arrondissement d'Alès. Par une affiche en date du 17 avril 1906, on apprend aussi que la société, est propriétaire dans la Haute Savoie, les Landes et le Gard, et qu'elle l'est aussi dans l'Ain, avec la concession d'asphalte dite de Seyssel (18 communes réparties entre l'Ain et la Haute-Savoie) et celle de bitume à Forens-Sud, et qu'elle demande de réunir la totalité de ces concessions. La réunion des concessions, dont celle de Forens-Sud, tant pour celles où elle est propriétaire que celles amodiées, est accordée par Armand Fallières, Président de la République, à Paris le 26 février 1908 [AD 01, 8S 44].
Plus tard, un projet de relance sera encore commenté par l'Ingénieur des mines, daté de Lyon le 5 février 1927, autorisant "la cession par voie d'apport des concessions de mines de bitume ou d'asphalte de Seyssel (Ain et Haute-Savoie), de Forens-Sud (Ain) et de Chavaroche (Haute-Savoie) consentie à la Compagnie des Mines d'asphalte de Seyssel (...)" [AD 01, 8S 33]. Bien que le document porte la mention "Annulé", le décret du 2 mars 1928 autorisera bien la mutation de la Concession de Forens-Sud à la Compagnie des Mines d'asphalte de Seyssel.
En janvier 1994, un rapport (R 37923 SGR/RHA 94, en ligne) est rendu dans le cadre du programme 1993 de Service Public du BRGM, la DRIRE Rhône-Alpes ayant prévu que quelques concessions minières seraient visitées pour faire le point et évaluer la faisabilité de leur mise en sécurité. Celle de Forens-Sud concernée par ce rapport, ainsi que sa voisine, en font partie. La référence de cette mine en est toujours l'ordonnance royale du 12 août au profit du sieur Camille Genolin, et Cie. On note que l'exploitation fut peu importante, et dite de 1873 à 1877, et de 1893 à 1900, essentiellement par 2 galeries de 20 et 90 mètres de longueur, pour une extraction totale de 1090 tonnes de calcaire bitumeux, stoppée après 1900. Par décret du 2 mars 1928 la Compagnie des Mines d'asphalte de Seyssel est le dernier titulaire de cette concession.
La précédente visite des galeries remontait au 27 novembre 1981, faite par le service des mines, et dont le plan sert de référence. La dernière visite, en surface sans pénétration dans les travaux souterrains mal connus, s'effectue le 22 novembre 1993. Trois excavations sont reconnues, groupées dans un rayon de 30 m environ, sur le flanc d'une colline boisée : deux galeries A et B, débouchant au jour, la B étant repérée sur la carte IGN par le sigle "Grotte", et un embryon de galerie C. Elles se situent dans des calcaire blancs, durs et sains de l'Urgonien

La galerie A, horizontale, est située 8 mètres en contrebas de la route. Largeur : 4 m ; hauteur 1,1 m ; longueur : 30 m environ. Entrée partiellement obstruée de déblais.
La galerie B, horizontale, est située en bordure de la route. Largeur : 3 m ; hauteur 2 m ; longueur : 85 m environ (d'après le plan). Elle était utilisée par des enseignants Suisses (R. Wernli) pour montrer aux étudiants le faciès des calcaires urgoniens.
Embryon de galerie C, située 8 mètres au-dessus de la route. Section de 2,5 x 1,6 m, profondeur 2 m (simple trou utilisé comme cabane par des enfants).
Il y a risque de piégeage par un effondrement éventuel en profondeur. Pour les galeries A et B, il est proposé la confection d'un mur en STEPOC de 30 cm d'épaisseur, ancré dans les parois, avec aménagement d'un drainage à la base. L'obstruction de la poche C n'est pas nécessaire. Le coût estimatif est de 20.000 francs.
La concession de Forens-Sud, initiée par Camille Genolin en 1838, mais suivie d'une longue suite de démarches voyant se succéder divers propriétaires et Compagnies, et réduisant son territoire à la rive droite du ruisseau des Etraits, s'est avérée détenir un minerai relativement pauvre, et être située loin de toute voie ferrée et d'une usine de transformation, pâtissant de plus depuis le milieu du XIXe siècle d'appartenir finalement à un groupe anglais détenant aussi le site historique bien plus productif de "Seyssel", et n'a donc presque pas été exploité.

Sources : AD 01, 8S 33 -- Gallica (en ligne), Registres du Conseil général de l'Ain. Cliché (de la galerie fermée) : Ghislain lancel (15 mars 2024)
Remerciements : Michel Blanc (documents privés). Publication : Ghislain Lancel.
Première publication le 18 décembre 2024. Dernière mise à jour de cette page, idem.