Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Eboulement de la Colombière (1928)

Les familles Ducret et Coutier sont parmi les plus anciennes du village. Yvonne Coutier (veuve Maurice Ducret) est dotée d'une excellente mémoire. Elle se souvient de la catastrophe de la Colombière, ce rocher surplombant la route des Avalanches qui s'était effondré dans un bruit d'enfer et dont les énormes blocs avaient dévalé le précipice jusqu'à Conjocle, heureusement sans faire aucune victime. C'était, dit-elle, vers 1928/30 et elle ajoute même que l'entrepreneur s'appelait O... (manquait tout de même ma fin du patronyme !) Son fils Jean-Louis disposant de photographies des travaux de sécurisation des lieux, lesquels avaient visiblement été effectués durant l'été, il fut facile de retrouver les journaux d'archives relatant cet éboulement. Exact, c'était bien dans la nuit du lundi au mardi 11 et 12 juin 1928 et le chef des travaux s'appelait bien Oprandy ; Yvonne n'avait pas encore 6 ans ! Et d'autres détails lui reviennent à la mémoire : c'était un peu avant la Cabane du facteur (dans le sens de la montée). Plusieurs mois furent nécessaires pour sécuriser les lieux. Mes parents habitaient Monnetier et c’est dans une de leurs cabanes que le personnel entreposait le matériel. Tout l’équipement se montait à dos d’homme, à pied, et la nourriture aussi !

Une carte postale (CP 153) porte la mention "Roche de la Colombière", mais il s'agit du "Rocher Rond" qui se trouve à environ un kilomètre après Monnetier en montant aux Avalanches, au niveau du Druger, et non du rocher qui s'est éboulé. Ci-dessous en couleur, le vrai rocher de la Colombière, dans son aspect actuel.

 

La presse locale se fit évidemment l'écho de la catastrophe. Les travaux s'effectuèrent de juillet à septembre 1928, sans aucun accident. Et la presse d'alors n'y reste insensible !

"Eboulement. Dans la nuit de lundi à mardi, un éboulement, qui aurait pu avoir de graves conséquences, s'est produit sur la route de Champfromier à la Combe d'Evuaz ; la roche de la Colombière, qui surplombe le chemin et depuis si longtemps menaçante, s'est effondrée avec un fracas terrible au fond des ravins du village de Conjocle, entraînant avec elle le chemin, sur une longueur de 30 mètres. Fort heureusement que cela s'est produit dans la nuit ; le jour, les tracteurs, les voituriers qui descendent les sapins de la montagne, auraient pu se trouver au passage et on aurait eu à déplorer de graves accidents." [L'Avenir Régional, 14 juin 1928].

S'il n'y eut pas de victimes, précisons néanmoins qu'Achille Berrod, de Monnetier, était ce soir là remonté avec son mulet à la Combe d'Evuaz et qu'il était passé peu de temps avant l'effondrement puisqu'il en a entendu le bruit en arrivant sur l'Auger [M. V.]

"La Roche de la Colombière. Nous avons appris avec plaisir que c'est M. Julien Bergeron, entrepreneur des travaux publics, à Bellegarde, qui a été déclaré adjudicataire des travaux à effectuer pour l'éboulement de la Colombière, en vue de la réfection du chemin.
Ces travaux, qui sont très délicats, voire même dangereux, sont conduits par M. Oprandy, l'actif chef de travaux de l'entreprise Bergeron. Espérons qu'il n'arrivera aucun accident, et que la circulation entre le village et la montagne sera bientôt rétablie." [L'Avenir Régional, 19 juillet 1928].

"La Colombière. Les travaux si intéressants et si dangereux effectués pour l'élargissement du chemin des Avalanches sont terminés. Le dévoué chef de chantier de M. Bergeron, M. Oprandi, mérite, comme d'habitude du reste, toutes les éloges pour avoir, en moins de deux mois, rendu le chemin à la circulation ; aussi, la commune de Champfromier lui adresse tous ses remerciements.
Il est incroyable que des travaux si remarquables et si dangereux aient été conduits sans aucun accident de personne.
Nos sincères félicitations." [L'Avenir Régional, 13 septembre 1928].

Une première photo (16,5 cm x 22,5 cm) des travaux fut prise dans le sens de la descente. Elle fut réalisée par un photographe professionnel de Bellegarde, ainsi que l'attestent la mention surchargée eu recto et le cachet publicitaire au verso : « Photo Art & Industrie, Robert Ehrer, 47, R. de la République. Bellegarde (Ain). Opère par tous les temps et à toute heure » ! Au premier plan, on voit le responsable du chantier, certainement "l'actif chef de travaux" M. Oprandy (sinon M. Julien Bergeron lui-même). Un poteau téléphonique (sans fils) semble avoir été hâtivement replanté (On sait que dès octobre 1903 une ligne téléphonique devait relier Evuaz et le village, alors que des chemins, dont probablement celui-ci, étaient encore en chantier).

La qualité photographique est remarquable et le cliché supporte très bien un fort agrandissement. Sur celui-ci on distingue parfaitement quatre ouvriers. Les deux du bas ne sont que sommairement attachés à la ceinture par une corde partant du sommet. Ceux du haut ne semblent même pas encordés ! Tous ont de petites chaussures et seulement une casquette (les français ?) ou un chapeau (les italiens ?) pour se protéger ! Leur principal outil de travail est la barre à mine !

La seconde photographie, plus technique, est prise dans le sens contraire, celui de la montée.

 

Si vous vous promenez dans le lit de la Volferine, au niveau de Conjocle, certains blocs éparses vous surprendront peut-être. En 1928, ils se trouvaient 300 mètres plus haut, surplombant la route des Avalanches...

 

Remerciements et sources : Mme Yvonne Ducret ; Jean-Louis Ducret (Photographie en NB), Mme Michèle Vanel ; La Tribune (archives des 14 juin, 19 juillet et 13 septembre 1928. Photo couleur par G. Lancel (11/10/08).

Dernière mise à jour de cette page, le 31 octobre 2008.

 

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