| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |

Comme d'habitude maintenant, pour cette 8e édition du corso de Champfromier, la presse l'annonce en laissant la surprise de la découverte des chars. Mais le fait marquant sera que c'est la dernière fête de l'été des corso-fleuris, ce que laisse entendre le peu de chars réalisés (L'électrophone et la Voiture du début du siècle, les Jeux de société, le Pont de pierre et le Manège des enfants).
"Champfromier. La fête d’été 1979. A huit jours de sa fête d’été, Champfromier est étrangement calme. L’Amicale des Classes, comme chaque année, a établi un programme somptueux qui pose des problèmes énormes d’organisation, de logistique, de restauration. Pas de baguette magique, mais de l’imagination et du travail. Pour habiller des montages astucieux, des milliers de fleurs sont sorties de l’atelier du papier. Pas d’indiscrétions : le mot d’ordre est, semble-t-il ménager la surprise, aussi bien à l’Amicale des Classes qu’aux autres sociétés locales qui préparent leurs chars. Une chose est certaine : sous le soleil ou dans la nuit, les spectateurs ne seront pas déçus.
Voici d’ailleurs le programme de ces jours fastes. La fête débutera samedi 7 juillet, à 21 heures 30, par un grand bal sous chapiteau, avec la grande formation internationale de Jean Fournier.
Le dimanche 8 juillet, la grand’messe sera à 10 heures, suivie d’un apéritif et, à 12 h., du déjeuner champêtre.
A 15 heures commencera le défilé des chars fleuris, dans un
cortège coloré et animé dont voici la liste impressionnante
des participants :
- Groupe Folk Pontévallois ;
- Majorettes et hussards de Lyon ;
- Majorettes de Reignier ;
- Majorettes de Saint-Claude accompagnées par la Batterie-Fanfare « La
Renaissance » ;
- Majorettes de Dompierre-sur Veyle.
Groupes inconnus, ou connus qu’on retrouvera avec beaucoup de plaisir, ce sera tout au long du parcours de la couleur, de la musique, de l’entrain et de la joie.
Vers 17 heures, les groupes se rassembleront sous le chapiteau où leurs évolutions attireront la grande foule, en attendant le repas champêtre qui sera servi à partir de 19 h. 30.
À 21 h 30, l’Amicale des Classes offre une grande soirée musette gratuite et c’est à 22 heures que les chars fleuris illuminés feront dans le village leur tour d’honneur.
Champfromier et l’Amicale des Classes réservent à leurs visiteurs un accueil chaleureux. Des parkings sont prévus et la fête foraine offrira ses jeux, ses friandises et ses surprises. Viendrez-vous à Champfromier les 7 et 8 juillet prochains ?" [La Tribune, édition du 28 juin 1979].
La publicité reprend ces thèmes, sans en dire plus !

Ce n'est qu'après la fête que la presse, sous la plume de J. C. [Jeanne Coutier], que les chars sont dénommés. Mais la première des cinq photographies est celle de la table des personnalités invitées, les chars viennent ensuite...

"Le soleil et des milliers de visiteurs ont fait escorte au 9e [lire : 8e] corso fleuri de Champfromier.
Que faire à la campagne durant les longues veillées d’hiver, sinon jouer. Des cartes, dés, jeux de dames ou d’échecs [Les jeux de société], l’Amicale nous offrait tout cela avec une imposante tour d’ébène, symbole de la fidélité et de l’assistance à son roi. À Champfromier, le théâtre manque un peu, mais on aime jouer.
Il y a quelques mois des sondages ont révélé que notre Pont de Pierre menaçait de s’effondrer dans la gorge de la Volferine. On a appelé, naturellement, les pompiers au secours, et ils ont construit au plus vite un beau pont à trois arches. On a appelé – il faut le dire – les services des Ponts et Chaussées qui, sans coup férir, ont réparé notre pont plus que centenaire afin qu’il puisse donner passage au 9 ème corso ! Tout est bien, mais tout de même, qu’il était beau ce pont à trois arches, bien qu’il ne soit que de bois et de papier.
Dommage, on y aurait dansé la polka au son du vieux phonographe construit par l’Amicale des Classes qui aurait déversé, par son immense pavillon, les airs d’autrefois, toujours beaux et chers à nos cœurs, des airs qui auraient entrainés la jeune troupe des Enfants de Champfromier.
Car il y avait cette surprise : sous le toit de verdure et les lampions de leur manège, les Enfants de Champfromier [Le Manège des enfants] fermaient la marche triomphale. Un groupe de garçons et filles – moyenne d’âge 12 ans – sous la … houlette de Martine et Mireille Parenthoux qui ont offert …
[... Paragraphe entier (pour nombre de chars...)]
Après le défilé sous le chapiteau comble – et trop petit – tout vibrant des échos du groupe « Renaissance » de Bourg, les groupes ont présenté sur le podium des évolutions rythmées et artistiques (...). Un très beau spectacle en vérité, saluait des applaudissements enthousiastes de la foule.
C’est là que M. André Coutier, maire, et la municipalité, ont accueilli les personnalités qui ont honoré Champfromier de leur présence : M. Roland Ruet, sénateur, président du Conseil général ; M. Charles Million, député ; M. Gérard Armand, Conseiller général ; de nombreux maires et élus des communes voisines. M. Coutier ayant salué (…) et les personnalités, profita de cette rencontre pour remercier l’Amicale des Classes, les sociétés locales et tous ceux qui l’ont aidée, sans oublier le service d’ordre (gendarmerie de Châtillon et de Bellegarde) et les services de sécurité (sapeurs-pompiers de Chézery-Forens). Surtout il rappela les aides efficaces reçues de MM. Les Parlementaires pour la réalisation de divers projets, longs, onéreux et difficiles (…) et leur exprima la gratitude de Champfromier.
M. Roland Ruet dit le plaisir qu’il trouve toujours à répondre à une invitation de Champfromier, village vivant qui entreprend et progresse, ce dont il le félicite en la personne de son maire. À son tour, M. Charles Million, en termes simples et amicaux, félicite et remercie M. Coutier, l’Amicale des Classes et tout Champfromier pour le beau spectacle offert avec une mention spéciale au groupe des « Enfants de Champfromier » dans ces danses d’autrefois. « Pour bien préparer l’avenir, il ne faut pas oublier le passé » dit-il.
Y avait-on vraiment pensé ? L’électrophone, les jeux, la vieille Peugeot, les danses folkloriques… On n’oublie pas le passé et ses racines toujours vivaces. C’est à la gloire de l’Amicale des Classes de le faire ressurgir à l’occasion de la fête d’été et de son corso fleuri.
C’était le neuvième. Corso IX est mort ; que vive Corso X ! [Lire : 8e et 9e]
[Légende des photos :] Les jeux de société de l’Amicale des Classes ; Le phonographe rétro de l’Amicale des Classes ; Le Manège des enfants de Champfromier ; La table officielle avec MM. Charles Million, député ; André Coutier, maire ; Roland Ruet, sénateur, président du Conseil général ; Gérard Armand, Conseiller général du Canton ; Gérard Nicollet, animateur de l’Amicale des Classes ; Le groupe folklorique bressan de Pont de Vaux." [La Tribune Républicaine (12 juillet 1979)].
On savait que des dissensions existaient depuis des années, en particulier à cause du voyage que les organisateurs de l'Amicale s'offraient les bonnes années, tandis que les petites mains qui passaient leurs années à réaliser toutes ces fleurs en papiers n'en récupéraient, et seulement depuis quelques années, qu'un repas... Entre les autres associations participantes, il y avait aussi des jalousies, comme pour la buvette du Sou des Ecoles, dont Gérard Nicolet était aussi président, et qui avait toujours le meilleur emplacement, voisin du stand de l'Amicale organisatrice, et dont les retombées financières les plus importantes... Aussi pour cette année 1979, la presse locale informera d'abord ses lecteurs du repas de reconnaissance offert à tous ceux qui avaient permis la réussite de la fête. Et fin août c'est un voyage en Suisse offert aux dames qui ont réalisé les roses qui est offert et rapporté aux lecteurs. Mais ça ne suffira pas, ce corso sera le dernier, ainsi que le laisse entendre les derniers mots du premier article qui suit :
"Champfromier. JOYEUX FESTIN AVEC L’AMICALE. Dimanche 29 juillet, l’Amicale des Classes accueillait ses amis dans la grande salle du Foyer rural, autour de tables agréablement décorées. Après un apéritif, elle régalait ses nombreux convives d’un déjeuner copieux et en tous points excellent, servi avec gentillesse par les jeunes amicalistes. Des entrées multicolores aux tartelettes, en passant par le gratin et les côtelettes, ce fut de l’avis unanime, le meilleur des déjeuners offerts par l’Amicale. Bravo au traiteur, mais surtout bravo et merci à l’Amicale des Classes de Champfromier qui soigne si bien ses amis et fête avec eux la réussite du Corso 79.
La salle était pleine. Après le calme relatif que réclamaient les appétits, le menu et le Côtes-du-Rhône aidant, la gaité alla croissante. Mieux encore, les énormes gâteaux du goûter arrosés d’un mousseux pétillant, ajoutèrent à l’ambiance. Les plus pressés – sans doute par des occupations familiales - quittèrent la salle vers 18 ou 19 heures, mais jusqu’à bien tard les jeunes goûtèrent la pleine détente de cette journée de fête et de régalade. Merci à l’Amicale des classes, et dans le discours de son président Joseph [Coutier], tous nous souhaitons retrancher le mot « peut-être »." [La Tribune, 2 août 1979].
"Champfromier. LA VIE LOCALE. Après la fête d’été et le succès du corso 79, l’Amicale des Classes avait réuni tous ses amis, d’ici et d’ailleurs, pour un repas. Nous avons dit combien l’Amicale avait su régaler et distraire ses nombreux convives. Elle a voulu faire mieux encore.
Le dimanche 19 août, elle offrait une excursion aux dames qui l’avaient aidée dans la préparation des chars et du spectacle. Option fut prise pour un circuit en Suisse, avec déjeuner à Gruyère et le tour du Léman. Il pleuvait à Champfromier, mais le soleil brillait sur la Suisse dont les paysages fleuris ont fait l’admiration de toutes. Ce fut une grande journée de bonne humeur et de plaisir pour laquelle l’Amicale des Classes est chaleureusement remerciée." [La Tribune, 30 août 1979].
Suite à ce nouveau succès, où missive pressentant que ce corso est le dernier, le conseil municipal enregistre une lettre de félicitation, "Lettre d'un anonyme toulonnais félicitant les organisateurs et le village pour la réalisation du Corso-fleuri, le 8 juillet 1979" [RD 19, f° 65 (31 août 1979)]. Mais l'anonyme pourrait bien être de Champfromier...
Pour ce dernier corso, les organisateurs s'offriront aussi leur dernier voyage, cette fois en Grèce.
Voir 21 photos (en 4 lots) :
Collection Andrée Ducret (4)
Collection René et Marcelle Fourcault (3)
Collection JP Lambotte (4)
Collection famille Bébert Tournier (10).
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Mme Andrée Ducret, famille Fourcault, Gilles Moine (Archives de La Tribune), JP Lambotte et famille Tournier.
Première publication le 26 décembre 2018. Dernière mise à jour de cette page, idem.