Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

L'encadrement de porte de la fruitière (Inédit)

 

Dans l'ancienne fruitière de Champfromier, se trouvait un exceptionnel encadrement de porte en pierre finement ouvragée qui ne figure pas au Pré-Inventaire du canton. Initialement positionné parallèlement à la rue actuelle, au fond dans le coin d'une seconde pièce donnant accès à une troisième, lègèrement obstrué à gauche par un mur semblant plus récent, l'ensemble de l'encadrement avait été déplacé de quelques mètres, repositionné perpendiculairement à sa position initiale et à un ou deux mètres plus haut qu'à l'origine. Le promeneur attentif, arrivant du sud, peut maintenant l'apercevoir depuis la rue, en haut de l'escalier donnant accès aux actuels logements (537-553, Rue de la Fruitière) situés derrière l'ancien atelier de M. Boutéraon, ébéniste.

Vue générale et les moulures latérales

 linteau accolade 

Les moulures sont fines, terminées à la base à gauche par deux spirales (ainsi que par un rameau ou une feuille, et une troisième spirale, ces compléments étant actuellement masqués par les montants de l'escalier), à droite par une feuille et une spirale complexe (aussi en partie cachée).

Le linteau

Le linteau est magnifiquement ouvragé.

linteau accolade
Ce linteau ne semble pouvoir être religieux, mais profane, puisqu'il met en évidence un homme et une femme, lesquels étaient selon toute vraisemblance les occupants du lieu. L'homme est présumé un riche notable (lieutenant du lieu, ou autre) ou de petite noblesse exhibant un blason.

linteau, partie gauche Détail de la croix
A gauche du linteau, on remarque d'abord la tête de l'homme. Elle est bien plus prohéminente que celle de la femme. Il affirme ainsi sa position dominante à tout homme qui pénètre dans le foyer en passant sous ce linteau. Ce notable porte une barbe très fournie, de longues baccantes et un bouc bien garni. Le front est large. La tête est couverte et les oreilles sont cachées.
Le blason, présumé celui de la famille est placé dans un cercle torsadé. Son motif central est un agneau regardant à gauche, semblant couché sur des flots. Le blason est flanqué d'une fleur de lys et d'une sorte de pomme de pin. Au-dessus est une sorte de croix crosslet (constituée de croix plus petites, symbolisant la propagation de l'évangile aux quatre coins de la terre).


Linteau, partie droite
La femme, présumée l'épouse, on l'a dit, est moins prohéminente. Elle porte une sorte de fraise autour du cou et une coiffe recouvrant ses cheveux soigneusement tirés. La rosace faisant pendant au blason est aussi bien plus discrète.



Dans l'espace laissé sous l'élégante accolade, la surépaisseur centrale (en forme de blason inversé) a reçu une gravure anachronique de date (celle du remploi, en 1882 ?) De part et d'autre du blason, sont aussi superficiellement gravées des initiales CB et MB.

Situation, datation et identification

Tous les champfromérands qui dans leur enfance ont porté leur lait à la fromagerie de Champfromier connaissent évidemment cet encadrement de porte. Il ne se trouvait toutefois pas dans la première salle mais entre celle de derrière où l'on accédait par la porte de gauche et une troisième pièce encore plus reculée (la porte se situant alors à gauche de l'actuelle entrée de l'atelier, mais parallèlement à la rue actuelle, et avec un accès de plein pied, sans marche).

Monsieur Michel Boutéraon, voulant mettre en valeur l'entrée du bâtiment neuf construit derrière son atelier d'ébéniste, décida, peu après novembre 1996, de déplacer l'encadrement ouvragé de quelques mètres. Il lui a fallut 2 jours et le palan du garagiste voisin rien que pour déplacer le linteau. Mésaventure, une fois en place, la pierre était tombée, mais quel en fut le résultat ? Le béton au sol fut endommagé, mais le linteau résista sans se casser (mais peut-être les personnages eurent-ils alors leurs nez écrasés, ainsi qu'on semble l'observer...) ! Au fond de la fromagerie, la pierre avait été légèrement dégradée pour le passage d'un câblage électrique et le haut était en partie écorné. La colonne était moisie au fond des moulures. Avant la pose un nettoyage avait donc été effectué, et après la pose un ciment blanc a rebouché les parties écornées ou détuite par le passage de l'électricité.

Concernant la datation, le col de fraise de la femme pourrait évoquer les années 1560. Mais d'après les photos du site, Mme Marielle Martiniani-Reber, Conservatrice en chef aux Musées d'Art et d'Histoire de Genève, communique "après consultation de divers collègues, nous pensons que cette pierre n'est pas médiévale, elle date probablement du XVIIe siècle. Quant au blason, il faudrait voir avec l'héraldique de votre région".

L'historique de cette maison n'a pas, pour l'instant, permis de retrouver les propriétaires à des époques très anciennes. Monsieur Boutéraon avait acquis cette ancienne fromagerie de Champfromier, vers 1996, de la coopérative fromagère de Chézery. En 1833 la fruitière appartenait à Champfromier-village, avait une surface de 180 mètres-carrés et une valeur fiscale de 0,31 francs ! Antérieurement, les recherches n'ont pas été effectuées, mais il est peu probable que le couple dont les têtes sont sculptées avec tant d'expression soient un jour identifiés comme étant celui premiers fromagers de Champfromier !

Voir les photos à l'emplacement d'origine et d'autres photos .

 

Remerciements : Michel Boutéraon. Publication et crédit photographique : G. Lancel (2/07/09).

Première publication, 2008. Dernière mise à jour de cette page, le 26 août 2015.

 

<< Retours : Accueil Histoire, Accueil Maisons